Terres de forêts, terres d’animaux
La vallée de la Dordogne, entre Vézère et Périgord Noir, est composée de plus de 45% d’espaces forestiers (Inventaire Forestier National 2018). Les forêts autour de Castelnaud-La-Chapelle, dominées par les chênes pubescents, noyers et charmes, offrent un terrain de jeu végétal à une diversité animale insoupçonnée. L’alternance entre bois sombres, clairières, haies, landes sèches et abords de rivière forme un habitat varié, accueillant mammifères, oiseaux, reptiles… et même quelques surprises.
Les grands mammifères : cohabitation discrète mais constante
Chevreuils, cerfs et biches : spectres de l’aube
Le chevreuil () est sans doute le plus aperçu à l’orée des bois. Ce petit cervidé est omniprésent dans les alentours, particulièrement à la belle saison. Selon la Fédération Départementale des Chasseurs de Dordogne, le département compterait près de 20 000 individus en 2023. Leur comportement crépusculaire (actifs très tôt le matin ou en fin de soirée) fait que l’on aperçoit souvent une silhouette qui s’éclipse furtivement entre deux troncs.
Le cerf élaphe (), plus grand, fréquente aussi les forêts domaniales et les grandes coulées boisées de la commune, notamment côté Roc Percé et Forêt des Eyzies. Point d’orgue : le brame, de mi-septembre à octobre, attire amateurs et curieux, chaque année. Il n’est pas rare d’entendre résonner ce cri puissant jusqu’aux abords des premières maisons.
Sangliers : l’emblème farouche
Bien moins discrets, les sangliers () sont particulièrement présents dans les sous-bois de la région. Ils apprécient le couvert dense et la proximité des cultures (noix, maïs, châtaignes), ce qui en fait une figure parfois controversée pour les agriculteurs locaux : en Dordogne, plus de 2000 sangliers sont prélevés chaque année pour éviter la surpopulation et les dégâts agricoles (Fédération Nationale des Chasseurs). Leur présence est trahie par les sols retournés et les « baïnes » (trous d’eau boueuse pour leur toilette).
- Chevreuil : discret, crépusculaire
- Cerf : rare, brame attendu chaque automne
- Sanglier : omniprésent, indices de présence partout en sous-bois
La petite faune des bois : renards, blaireaux et martres
Renard roux : malice sur pattes
Le renard roux () est devenu une figure familière dans les paysages ruraux. Opportuniste, il se nourrit de petits rongeurs, d’œufs, de fruits, mais aussi (parfois) de poulaillers – ce qui lui vaut une réputation mitigée. Son empreinte à cinq doigts et les crottes déposées en évidence trahissent sa présence auprès des promeneurs attentifs.
Blaireaux et martres : les discrets de la nuit
Parmi les animaux moins vus, le blaireau () a élu domicile dans des terriers appelés « settons », reconnaissables à la profusion d’entrées et de matériaux accumulés. La Dordogne, avec ses sous-sols faciles à creuser et ses lisières, héberge une belle population stable. La martre des pins (), quant à elle, skie entre arbres et canopées à la recherche d’écureuils, d’oiseaux ou d’œufs. Bien que farouche, elle est parfois aperçue le soir ou tôt le matin, passant d’un tronc à l’autre.
- Renard : visible à la tombée de la nuit, très adaptable
- Blaireau : signes de présence au pied des talus, terriers élaborés
- Martre : silhouette élancée, rare mais bien implantée
Oiseaux forestiers : le grand spectacle du ciel et des branches
Parmi la centaine d’espèces recensées chaque année au sein du réseau ornithologique Dordogne, certaines forêts autour de Castelnaud-La-Chapelle sont des lieux d’observation privilégiés (LPO).
Silhouettes familières et oiseaux rares
- Pic noir (): le plus grand pic d’Europe (jusqu’à 50 cm d’envergure), identifiable à son plumage noir et à son cri strident. Il fore de larges cavités dans les troncs morts.
- Chouette hulotte (): reine de la nuit, son chant résonne de façon régulière dès la tombée du jour.
- Bondrée apivore (): remarquée en été, elle régale de nids de guêpes et de bourdons. Migratrice, elle quitte la région dès septembre.
- Grimpereau des jardins (): petit oiseau discret qui inspecte minutieusement les écorces à la recherche d’insectes.
- Geai des chênes (): reconnaissable à ses plumes bleues et à ses cris rauques. Il joue un rôle crucial dans la dissémination des glands et la régénération des forêts de chênes (Sciences et Avenir).
Petite anecdote : silence sur la chouette hulotte
La chouette hulotte possède un cri si spécifique que, localement, on surnomme parfois la nuit « la hulotte » ! Un rappel du lien intime qui unit les habitants, les légendes et les oiseaux nocturnes du Périgord.
Surprises et secrets des sous-bois : reptiles, amphibiens et autres “petits peuple”
Reptiles protégés : la couleuvre d’Esculape et la coronelle
Dans la mosaïque forestière de Castelnaud-La-Chapelle, on peut croiser la discrète couleuvre d’Esculape (), élégante et inoffensive, souvent perchée sur les branches ou chauffant sur les murets. La coronelle lisse (), bien plus rare et fragile, affectionne les milieux chauds fournis en végétation basse, notamment près du Pech Malet ou des terrasses rocailleuses dominantes.
- Milan noir et milan royal : ces grands rapaces sont observés, notamment, près des cours d’eau et sur les lisières ouvertes.
- Hérisson d’Europe () : très actif à la belle saison, souvent victime de la circulation routière, il contribue fortement à la lutte contre les insectes nuisibles.
- Plus d’une douzaine d’espèces de chauves-souris fréquentent la région, formant le cortège crépusculaire le plus diversifié du département selon le Société nationale de protection de la nature.
Grande faune d’exception : lesquels sont présents (ou de passage) ?
Si l’on ne trouve pas de loups ni d’ours en Dordogne depuis plus d’un siècle, certains mammifères rares ou mystérieux peuvent, à l’occasion, traverser le secteur :
- Genette commune (): originaire d’Afrique, la genette affectionne les forêts et zones bocagères du Périgord Noir. Elle est totalement nocturne, et a été filmée autour du château de Marqueyssac (proche de Castelnaud-La-Chapelle) selon les données du réseau Faune-Aquitaine.
- Loutre d’Europe (): observée dans la Dordogne et autour du Céou, la loutre recolonise progressivement nos rivières depuis les années 2000 (LPO).
Quelques conseils pour observer la faune locale
- Privilégier les heures calmes : tôt le matin ou au crépuscule, avec des vêtements neutres et silencieux.
- Rester discret : marcher à pas feutrés, s’arrêter régulièrement, observer sans chercher à approcher l’animal de trop près.
- Ouvrir l’œil sur les indices : empreintes, restes alimentaires, crottes, terriers… souvent plus faciles à repérer que les animaux eux-mêmes.
- Respecter la tranquillité des lieux, notamment en période de reproduction (printemps).
- Se munir de jumelles : pour observer sans déranger, idéalement en se plaçant à l’orée d’une clairière ou en bordure de chemin peu fréquenté.
Forêts périgourdines : un patrimoine naturel à préserver
La richesse faunistique observée dans les environs immédiats de Castelnaud-La-Chapelle témoigne de la diversité des milieux, mais aussi de l’équilibre parfois fragile entre activités humaines et vie sauvage. Les populations de certaines espèces, comme la genette ou la loutre, doivent leur retour à d’importants efforts de conservation et à la restauration des corridors naturels.
Pour qui aime la nature, chaque promenade en Périgord noir recèle la promesse d’une surprise, d’un cri inconnu, d’une trace, voire d’une rencontre éphémère mais mémorable avec ces animaux sauvages… qui, souvent, nous voient sans que nous les remarquions.