Un écrin bocager reconnu par Natura 2000
Depuis 2006, une large portion du territoire de Castelnaud-La-Chapelle fait l’objet d’un classement Natura 2000 (Zone spéciale de conservation « Falaises de la vallée de la Dordogne », fiche n° FR7200709). Ce réseau européen vise à préserver des habitats d'intérêt communautaire, c’est-à-dire présentant une faune et une flore rares ou menacées, et des milieux naturels remarquables.
- La vallée accueille plus de 70 espèces d’oiseaux recensées, dont une quinzaine protégées au niveau national ou européen.
- La diversité des habitats (falaises calcaires, forêts de chênes, prairies humides, zones alluviales) favorise une mosaïque écologique propice à la survie d’espèces sensibles.
La gestion de ces espaces s’effectue en concertation avec les élus locaux, les agriculteurs, les associations de protection de la nature (LPO, CEN Nouvelle-Aquitaine) et les naturalistes de terrain.
Chauves-souris : gardiennes des nuits périgourdines
La nuit tombée, impossible de manquer leurs voltiges silencieuses autour des vieux murs, du donjon et des granges du village. Castelnaud-La-Chapelle est un véritable sanctuaire pour les chauves-souris (Chiroptères), dont plusieurs espèces bénéficient d’une stricte protection au titre de la directive européenne « Habitats ».
- Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) : l’une des colonies les plus importantes de Dordogne a été identifiée dans une cave au pied du château. Cette espèce, emblème des milieux préservés, dépend des prairies bocagères pour sa chasse.
- Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros) : très sensible à la lumière et aux pesticides, il fréquente les combles et caves du secteur.
- Murins à oreilles échancrées (Myotis emarginatus) : souvent repérés dans les anciennes bâtisses.
La Dordogne compte plus de 21 espèces différentes de chauves-souris, dont une dizaine se retrouve régulièrement sur la commune, selon le Groupe Chiroptères Aquitaine (groupechiro.fr).
Loutres et compagnie : la Dordogne, berceau de mammifères aquatiques
Mascotte discrète des rivières, la loutre d’Europe (Lutra lutra) revenait timidement sur la Dordogne à la fin des années 2000, après avoir quasiment disparu du Périgord dans les années 1970. Aujourd’hui, des sources récentes (OFB, 2023) confirment sa présence régulière sur les berges sauvages entre Castelnaud-La-Chapelle, La Roque-Gageac et Saint-Cyprien.
- La loutre est protégée par l’arrêté ministériel du 23 avril 2007. Sa chasse et sa capture sont strictement interdites.
- Le campagnol amphibie et le desman des Pyrénées fréquentent également ponctuellement les zones humides attenantes.
Notons que la loutre nécessite des berges peu accessibles, sans dérangement, et une qualité d’eau irréprochable. Sa réapparition est donc un signe d’amélioration des milieux aquatiques locaux.
Orchidées sauvages et flore rare : le Périgord côté botanique
Castelnaud-La-Chapelle, ce n’est pas seulement un patrimoine bâti ; ce sont aussi des prairies parsemées de joyaux botaniques souvent méconnus. Entre mai et juin, on y recense plusieurs espèces d’orchidées protégées, indicatrices de milieux peu fertilisés et bien gérés.
- Ophrys abeille (Ophrys apifera) et Ophrys mouche (Ophrys insectifera), toutes deux protégées sur la liste nationale (voir INPN, Muséum National d’Histoire Naturelle).
- Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis) et Orchis purpurea (Orchis purpurea), localement abondantes sur les pelouses calcaires au-dessus du village.
- Les Lis martagon (Lilium martagon) sont observés dans quelques clairières ombragées.
La préservation de ces plantes passe par le maintien de pratiques agricoles extensives (pâturage léger, fauche tardive) ; une gestion qui favorise la biodiversité plutôt que la monoculture intensive.
Oiseaux remarquables : bal des ailes protégées
Avec plus de 130 espèces d’oiseaux recensées rien que dans la vallée de la Dordogne (LPO Dordogne, 2022), Castelnaud-La-Chapelle brille par la diversité de ses chants et de ses vols.
| Nom Français |
Nom Latin |
Statut |
Période d’Observation |
| Faucon pèlerin |
Falco peregrinus |
Protégé, annexe I Dir. Oiseaux |
De mars à juillet |
| Martin-pêcheur d’Europe |
Alcedo atthis |
Protégé, espèce fragile |
Toute l’année (surtout au printemps) |
| Bondrée apivore |
Pernis apivorus |
Protégé, migratrice |
Mai à septembre |
| Engoulevent d’Europe |
Caprimulgus europaeus |
Annexe I, rare |
Mai à août |
| Circaète Jean-le-Blanc |
Circaetus gallicus |
Protégé |
Avril à septembre |
Au printemps, ouvrez l’œil sur les corniches des falaises pour surprendre les parades du faucon pèlerin, considéré comme l’oiseau le plus rapide du monde (jusqu’à 390 km/h en piqué selon le CNRS). Le martin-pêcheur préfère les sous-bois humides et laisse deviner ses éclairs bleus turquoise au ras de l’eau.
- Plus discrètes, la bondrée apivore et l’engoulevent d’Europe sont d’excellents bio-indicateurs du bon état des forêts et landes.
- Le circaète Jean-le-Blanc, amateur de serpents, survole souvent les vallons dégagés.
Tous ces oiseaux sont protégés au titre de la législation européenne et bénéficient de plans de gestion locaux visant à minimiser les dérangements pendant la saison de reproduction (balades encadrées, restrictions temporaires d’escalade sur certaines falaises).
Amphibiens discrets, reptiles rares et insectes menacés
Le territoire communal abrite aussi une faune de l’ombre, essentielle à l’équilibre des milieux naturels.
- Salamandre tachetée (Salamandra salamandra) : fréquente les bordures de ruisseaux boisés, protégée en France.
- Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) : amphibien rare, affectionne les flaques temporaires des chantiers abandonnés et anciennes gravières.
- Lézard ocellé (Timon lepidus) : le plus grand lézard d'Europe occidentale, observé ponctuellement sur les murets ensoleillés des terrasses calcaires.
- Lucane cerf-volant (Lucanus cervus) : cet impressionnant coléoptère bénéficie d’une protection européenne ; le bois mort est crucial à sa survie.
À noter : des inventaires nocturnes pilotés par le CEN Nouvelle-Aquitaine témoignent d’une nette progression des effectifs de salamandres ces vingt dernières années, signe que certaines pratiques agricoles vont dans le bon sens.
Pourquoi protéger ces espèces ?
La préservation des espèces menacées à Castelnaud-La-Chapelle n’est pas qu’une affaire de naturalistes. Protéger chauves-souris, oiseaux ou orchidées, c’est aussi :
- Maintenir des milieux naturels sains, gages de qualité de vie et de ressources (eau potable, sol fertile).
- Soutenir la biodiversité utile à l’agriculture locale (les chauves-souris consomment 1000 moustiques par nuit et les insectes pollinisateurs favorisent la production fruitière).
- Préserver l’identité et la beauté du village, qui attire visiteurs et habitants sensibles à l’environnement.
Chaque habitant, promeneur ou visiteur est invité à respecter la réglementation (cueillette d’orchidées interdite, chiens en laisse lors des périodes de nidification, maintien des haies et des vieux arbres morts…). Les associations naturalistes locales, ainsi que les syndicats de rivière, organisent ponctuellement des sorties thématiques pour mieux faire connaître cette biodiversité singulière (LPO Dordogne).
Protéger aujourd’hui, observer demain : vivre avec la nature à Castelnaud-La-Chapelle
La magie du Périgord Noir, c’est ce fragile équilibre entre paysages façonnés par l’homme et vivier naturel d’une exceptionnelle richesse. À Castelnaud-La-Chapelle, le visiteur attentif croisera peut-être l’ombre feutrée d’une loutre, le vol acrobatique d’un faucon ou la silhouette gracieuse d’un orchis en fleur. À chacun de contribuer, à son échelle, à la transmission de ce patrimoine naturel unique, pour que la vie sauvage demeure un trait d’union entre les générations.
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