Chasse et sociétés à Castelnaud-la-Chapelle : une tradition vivante et régulée

25 juillet 2025

Les sociétés de chasse en Périgord Noir : une organisation structurée

La chasse est une institution en Dordogne, département qui recense près de 30 000 chasseurs actifs selon la Fédération Départementale des Chasseurs (FDC 24). À Castelnaud-la-Chapelle, la société de chasse locale – officiellement une Acca (association communale de chasse agréée) – s’organise de façon associative et collégiale. Fondée dans les années 1970 à la faveur de la loi Verdeille, elle regroupe aujourd’hui plusieurs dizaines de membres, tous habitants ou amoureux de la vallée.

  • La gestion territoriale : La société de chasse gère un territoire qui dépasse souvent la seule commune administrative, par le biais de conventions avec des propriétaires privés et publics.
  • Un bureau élu : Président, secrétaire, trésorier : l’association fonctionne comme une « petite république » villageoise, élisant ses instances chaque année pour veiller au respect des règles et à la bonne entente.
  • Adhésions et permis : L’adhésion implique validation du permis de chasse (délivré par l’OFB), assurance, et respect strict de la législation.

La Dordogne est l’un des rares départements où la densité des ACCA reste élevée : près de 520 associations en 2023, selon la Fédération départementale.

Chasser à Castelnaud : quelles espèces, quels modes ?

La société de chasse de Castelnaud-la-Chapelle encadre la pratique sur environ 1 200 hectares, mêlant forêts de châtaigniers, prairies, anciens vergers et bords de Dordogne. Ici, les pratiques se sont adaptées à la diversité de la faune, mais aussi à la nécessaire gestion des populations.

Grand gibier et petit gibier

  • Sanglier : Présent partout en Périgord Noir, le sanglier fait l’objet de battues collectives (de septembre à février), coordonnant une vingtaine de chasseurs et chiens spécialisés. On compte parfois plus d’une cinquantaine de prélèvements par saison sur le secteur, nécessaire pour éviter les dégâts sur cultures (source : FDC24).
  • Cervidés : Chevreuils en premier lieu, plus rarement cerfs. La chasse se fait par tir d’affût ou battues avec plan de chasse annuel fixé par la Préfecture (quotas obligatoires).
  • Petit gibier : Faisans, perdrix, lièvres, lapins : leur présence s’est réduite ces 20 dernières années. Certaines espèces font l’objet de lâchers encadrés, d’autres sont protégées à la suite du déclin (perdrix, lièvre).

Modes de chasse traditionnellement pratiqués

  1. Battue au grand gibier
  2. Chasse à l’arrêt (petit gibier) avec chiens
  3. Chasse individuelle à l’affût ou à l’approche, surtout pour le chevreuil
  4. Chasse à la palombe au filet (palombière), patrimoine local surtout sur les hauteurs

Une activité encadrée et concertée

La chasse en Dordogne, et à Castelnaud, doit composer avec une législation stricte. Le calendrier d’ouverture et de fermeture, les quotas, la formation au maniement d’armes et au respect de la faune sauvage : autant d’éléments sur lesquels les sociétés sont intransigeantes.

  • Respect des dates : L’ouverture (généralement mi-septembre) et la fermeture (fin février) sont fixées par arrêté préfectoral, avec des variations selon les espèces.
  • Plan de chasse : Pour le chevreuil (environ 10 à 15 attributions annuelles autour de Castelnaud), il est obligatoire de poser un bracelet sur chaque animal prélevé, transmis à la Fédération.
  • Zones de sécurité : La chasse est interdite dans les zones périurbaines, sur les sentiers balisés de randonnée aux heures de passage touristique, ainsi qu’à moins de 150 mètres des habitations.
  • Communication : Affichage en mairie et sur les chemins : les dates et zones de battue sont toujours clairement annoncées (un principe de précaution devenu incontournable depuis l’arrivée de nombreux promeneurs).

Le ministère de la Transition écologique estime que 90 % des accidents de chasse sont évités grâce à ces dispositifs d’encadrement renforcé (chiffres OFB).

Préserver l’équilibre naturel : entre gestion et traditions

Contrairement à une idée reçue, la chasse locale a évolué vers un vrai rôle de gestionnaire de la faune et du territoire. La régulation du grand gibier permet d’éviter les dégâts agricoles mais aussi une surpopulation qui fragiliserait l’écosystème forestier.

  • Lutte contre les dégâts agricoles : Entre 2017 et 2022, près de 350 000 € d’indemnisations ont été versés aux agriculteurs du département pour dégâts causés aux cultures (source : France Bleu Périgord).
  • Comptages et suivis faunistiques : Tous les ans, les volontaires de la société procèdent à des comptages nocturnes ou diurnes encadrés, pour évaluer l’état des populations (chevreuils, lapins, perdrix, etc.).
  • Protection et relais écologiques : Certains membres participent aux opérations de préservation comme la lutte contre les maladies (peste porcine africaine), la préservation des lisières, ou la pose de haies et abris faunistiques sur le territoire communal.

Ce rôle de gestionnaire, aujourd’hui central, s’effectue le plus souvent en concertation avec la Fédération, les agriculteurs, l’OFB, les riverains et les randonneurs. Le préfet fixe chaque année les objectifs en concertation, pour répondre aux enjeux de biodiversité et d’économie locale.

Vie locale et événements : la chasse, facteur de lien social

La société de chasse façonne la vie communale, au-delà même de sa dimension cynégétique. Elle reste, à Castelnaud, l’un des derniers lieux où cohabitent toutes les générations autour de pratiques partagées.

  • Repas de chasse et fêtes de village : Le traditionnel repas de la société, chaque hiver, rassemble plus de 120 convives (soit près de la moitié du village). Au menu : sanglier à la broche, produits locaux, chansons à la table et souvenirs partagés.
  • Bourses, lotos et trocs : Saisons et événements sont ponctués de petits marchés aux gibiers, bourses aux vêtements ou aux accessoires, lotos associatifs ouverts à tous et supports pour les finances de l’association communal.
  • Éducation à la nature : Dans le cadre des écoles du secteur, la société intervient parfois pour sensibiliser aux métiers de la nature, à la gestion de la faune ou aux traditions rurales, en lien avec la Fédération et l’OFB.

Ces évènements sont souvent ouverts à toutes et tous, y compris les « non-chasseurs », et participent à la convivialité du village, tout en transmettant un certain sens du patrimoine.

Des controverses, mais un dialogue croissant

Les sociétés de chasse, en France comme en Dordogne, sont parfois sujets de débats. Sécurité, cohabitation avec les promeneurs, défense de la biodiversité ou refus de certaines pratiques… Les points de friction existent mais la tendance, localement, est à l’apaisement.

  • Sécurité et information renforcées : Depuis 2019, l’affichage des dates et parcours de battue est obligatoire. Les sociétés dialoguent avec les clubs de randonnée et les offices de tourisme pour limiter les risques et adapter les horaires.
  • Limitation des lâchers et gestion réfléchie : Beaucoup de sociétés, y compris à Castelnaud, limitent ou encadrent désormais les lâchers de gibier d’élevage, préférant restaurer l’habitat naturel et la diversité locale.
  • Place croissante du débat public : Depuis 2022, plusieurs réunions annuelles sont organisées avec élus, riverains, associations environnementales (ex : la LPO Dordogne) pour construire une cohabitation durable.

Le souhait d’une chasse respectueuse, responsable, marquée par la connaissance du territoire, prévaut aujourd’hui dans une majorité des sociétés rurales selon les recueils de la Fédération nationale.

Ouverture : la chasse demain à Castelnaud ?

Si la chasse reste une passion bien vivante – et débattue – à Castelnaud-la-Chapelle, elle évolue avec la société et les enjeux d’aujourd’hui. Entre respect du patrimoine, gestion de la biodiversité et adaptation au tourisme, le dialogue continue de s’affiner, pour que cette activité perpétue l’équilibre entre traditions et avenir. À l’heure où le nombre de chasseurs baisse légèrement (–15 % en 10 ans en Dordogne), mais où l’intérêt pour les espaces naturels grandit, la société de chasse villageoise semble avoir encore un rôle pivot à jouer dans la vie locale : celui de gardien attentif d’un patrimoine commun.

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